LA CABALE : ROBESPIERRE, BOUC EMISSAIRE

C’était l’époque ou l’on exposait le corps d’un suicidé, nu, un pieu enfoncé dans le coeur !

Quand on traite de la Grande Révolution, il est nécessaire, pour être honnête, de se replacer dans la tourmente des évènements révolutionnaires. Dès le 14 juillet 1789, le sang a coulé; on a vu des têtes tranchées, fichées au bout de piques ! Terrorisant. Paris subit une réelle disette et une chaleur accablante. L’émeute gronde depuis quelques jours. Le temps est à la violence.

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Robespierre est encore un inconnu

Sa réputation sera fabriquée au lendemain du 9 thermidor par ses vainqueurs. Et cela continue depuis plus de deux siècles, prêché par la bourgeoisie auprès de braves gens ignorants. Le parti-pris d’un  Michelet n’y est pas pour rien !

Il nous faut revenir aux faits. 1793, « l’année terrible » a commencé.

Le Tribunal Révolutionnaire est créé sur une initiative de Danton, le 8 mars 1793. Le Comité de Salut Public est une proposition de Barère adoptée le 26 mars 1793, bientôt réduit à 9 membres le 6 avril. Enfin, l’idée de « mettre la Terreur à l’ordre du jour » est de JB Royer, évêque constitutionnel de l’Ain et membre de la Convention; elle date du 5 septembre 1793.

Ce n’est qu’en juillet 1793 que Robespierre – après avoir refusé – s’est résigné à entrer au Comité de Salut Public.

Dans cette Constituante, les élus sont –pratiquement tous – « détenteurs du numéraire », résultat du vote censitaire. Aussi, dès le 17 juillet 1791, Robespierre accuse les girondins (« la faction ») de favoriser l’agiotage, c’est-à-dire de se livrer à des spéculations autour des assignats. Il s’expose, de ce fait, à la vindicte des possédants. C’est une lutte ponctuée de menaces de mort qui s’engage.… C’est Danton, déjà, qui en juin 1791, tonnait : « … l’engagement formel de porter sa tête à l’échafaud ou de prouver que celles des traitres doit tomber. » (la guillotine, substituée à la pendaison, datait de mars 1791).  Mais les brissotins-girondins ne sont pas en reste : de Vergniaud « … et il n’y aura pas une seule tête, convaincue d’être criminelle, qui puisse échapper à son glaive ! »; de Brissot « … le glaive de la loi doit frapper sur eux ! ». On ne peut pas être plus clair.

Une autre raison de la vindicte :  la GUERRE. Le premier discours de Robespierre contre la guerre – et les girondins qui en sont partisans – date du 12 décembre 1791, aux Jacobins. Rappelons pourquoi son opposition résolue à la guerre voulue à toute fin par la bande à Brissot (les futurs Girondins) qui caressaient l’espoir que l’armée révolutionnaire soit balayée, ce qui stopperait la Révolution et sauverait le régime. Ce combat primordial, Robespierre le perdra.

L’année 1793 débute par l’exécution du roi. Le danger est partout. Aux frontières où des défaites militaires aggravent l’angoisse des révolutionnaires. En mars, commence l’insurrection vendéenne, victorieusement. Des villes de province se rebellent. C’est dans ce climat que le Comité de Salut Public prend ses décisions. Il est bon de se souvenir à chaque instant que ce Comité est réélu, ou révisé, tous les mois. Tous les mois ! Dès lors, la notion de dictature…

Enfin, cette information que l’on ne trouve nulle part, la mauvaise santé de Robespierre. Il est absent du 18 au 27 mai 1791, la seconde quinzaine de novembre 1792, du 14 au 23 mai 1793, on ne le voit ni à l’Assemblée, ni aux Jacobins, il est absent du Comité de Salut Public du 19 au 23 septembre, du 26 septembre au 2 octobre; de même à la mi-janvier 1794, puis du 14 février au 13 mars. On suppose aujourd’hui qu’il était atteint de tuberculose. Le 8 thermidor, il déclare à l’Assemblée :  » Voilà au moins six semaines que ma dictature prétendue… ». Barère confirme : « Si Robespierre ne s’était pas éloigné depuis quatre décades du Comité de Salut Public… »

Jugez de la manipulation.

Il faut lire le « Ropespierre » très complet de Jean Massin ainsi que celui de Guillemin…

 

 

VACANCE…

Vacance… de vacant : libre, vide , absent… C’est l’état dans lequel je me trouve depuis quinze jours. Avec pour compagnons, antibiotique et Ventoline; la toux comme moyen d’expression. Epatant !

« Hypocondriaque », j’ai cru entendre cette invective dans ma somnolence. Saperlotte ! Qui ose parler au nom de mes organes abdominaux ? N’est-ce pas une croyance ancienne que de situer l’origine des inquiétudes de santé dans l’intestin ? Quoique… certains de nos contemporains restent l’oeil fixé sur leurs boyaux. En témoigne cet incroyable succès de librairie, non pas du « charme discret de la bourgeoisie » mais de celui de… l’intestin ! Les voilà les hypocondriaques ! De gros inquiets du nombril…

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La tête me tourne, les poumons n’y sont pour rien. Oui, parce que moi, mon talon d’Achille, c’est le poumon. Promiscuité surprenante que les sommités médicales considèrent comme une anomalie anatomique; malgré mon peu de connaissance en la matière, je suis bien d’accord. Si je peux vivre avec…

Par contre, vivre avec peu de lecteurs est quelque chose qui me mine. J’ai deux romans policiers qui dénoncent – en utilisant les attraits de la fiction – les risque de manipulation de l’opinion publique, mais ils manquent leur cible. Il y a pourtant de la fantaisie dans « Micmacs horribilis« . Il y a pourtant de l’humour dans « Mortifère l’actionnaire !« . Le lectorat, dit-on, en ces temps difficiles se réfugie dans la romance. Le réveil sera douloureux. Pour nous tous !rassurant

UN ETONNANT PERSONNAGE DE « MORTIFERE L’ACTIONNAIRE ! »‘

« Un bien étrange individu » précise la quatrième de couverture.

Il faut dire que Tancrède de Gaspar de Morange n’est pas ce qu’on appelle un personnage né dans un milieu défavorisé. Pourtant, il s’oppose à son milieu, récusant sa « bonne fortune atavique » et y fait volontiers de la provocation.

« De Tancrède, émanait toujours, du fait de son léger embonpoint, une bonhommie naturelle :

— Oncle Henri, comment vous portez-vous ?

— Bien, Tancrède, je te remercie. Toi de même ?

— Epatammant. Oncle Henri, que fait le PDG pour s’assurer la confiance des marchés ?

— Blagueur ! Je te l’ai assez rabâché, et ton père aussi.

Tancrède se mit à réciter :

— Le PDG met toujours en avant sa capacité à créer de la valeur pour les actionnaires.

— Sans céder aux mouvements sociaux ! Essentiel.

— Comme il se doit. Seulement, dans ce contexte, notre bonne presse conservatrice se couvre de pipi avec ses inepties : la fin de l’Histoire, sa négation de la lutte des classes… On en vit, non, de cette lutte des classes ? Aussi longtemps qu’elle merdoie… à notre profit. Avant tout, nous sommes des malins, n’est-ce pas mon oncle ?

Amusé, l’homme fixait Tancrède :

— Nous sommes des entrepreneurs, n’oublie jamais cela.

— Oh, nous sommes même des prédateurs. Des forcenés de la spéculation. Une seconde nature… »

Ainsi se poursuivait la conversation, mi-figue, mi-raisin, dans un salon huppé de Neuilly.

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Dès lors, il n’est pas impensable de retrouver Tancrède dans un rôle de meneur. Pour que les choses soient précisées à demi mot, il choisit pour nom de clandestinité « Cloots », ce baron allemand, possesseur d’une grande fortune, fasciné par la Grande Révolution, qui voulait « soulever la jacquerie des laboureurs européens ». Incognito, il va entraîner une jeune couple rebelle dans des aventures révolutionnaires périlleuses qui iront jusqu’au rapt.

Il faut attendre la dernière réplique du roman pour connaître la conclusion politique.

Le roman

HORREUR TERRORISTE, HORREUR POLITICARDE !

N’insistons pas sur la haine recuite qui peut pousser un humain à de tels actes assassins.

Mais que penser de ces politicards qui se précipitent sur les micros de la gente télévisuelle pour profiter de l’émotion qu’un tel acte de morts peut susciter. Juppé, sans vergogne, se met en avant au prétexte qu’il aurait réclamé l’utilisation des réservistes avant tout le monde. Le maire de Nice – le célèbre « motodidacte » – un certain Estrosi, n’a de cesse d’accuser le gouvernement, lui qui avait tellement bien sécurisé sa ville à force de caméras… Ciotti, pour les Répuricains, Philippot pour le FN, y vont de leur couplet politicien pur jus. Quelle misère ! Qui nous débarrassera de ces impudents ?

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Car enfin, on peut multiplier par deux l’effectif des forces de police… cela n’empêchera jamais un lanceur de grenade ou un tireur embusqué d’agir !

Que penser de cette télévision – toutes chaînes confondues – qui traque les larmes de Margot (bien compréhensibles au demeurant), voire les provoque ! Poursuivant cyniquement des gens en pleine détresse ! L’émotionnel, il n’y a que ça de vrai…

Une simple question qui vient à l’esprit de tout un chacun n’est jamais évoquée : comment de fait-il que la promenade des Anglais étant interdite à toute circulation, un camion ait pu s’y engager… ? Lors d’un braquage dans une ville moyenne française, aussitôt sont mis en place sur toutes les routes du département des barrages – oui, des barrages ! – policiers. Constitués de herses à longues pointes faites pour crever les pneus de tout véhicule qui refuserait de s’arrêter. Et rien de tel aux deux extrémités de cette promenade des Anglais « sécurisée » ?

C’est incompréhensible !?!

BRIC A BRAC POUR SOURIRE

Le marché de l’art aux bonnes affaires :

— Pour mes peintures, je m’inspire du Massif Central et de la Vendée.

— Aaaah…

— Ooooh…

— Et voilà, regardez : ça marche dans un sens mais aussi dans l’autre, si vous retournez le tableau !

— Ah, ouiii…

— Ma signature est très discrète donc on peut le retourner comme on veut, hein ? et vlan : la mer devient un paysage de montagne !

Têtes ébahies des amateurs…

— Et, du coup, ça vous fait 480 € pour deux tableaux, en fait.

 

Bribe d’interview dans un grand café parisien :

L’intervieweuse au spécialiste :

— Et la littérature ?

— Je ne lis pas de romans.

— Oh, jamais ?

— Non, ça ne m’intéresse plus.

— Pas de roman…

— Si, Les racines du ciel, de Gary. Les racines du ciel, c’est une obligation.

— De Gary. Gary comment ?

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Des gens de la Capitale au salon du Livre de….

L’UN : Je suis sub-mer-gé par le nombre de bouquins qu’il y a ici !

L’AUTRE : Tu trouves de tout. C’est comme quand tu vas dans une cave à vins et qu’il y a trop de bouteilles, tu sais pas laquelle choisir.

ELLE : Oui, sauf que je n’ai pas vu beaucoup de Puligny Montrachet ou de Château Lafitte jusqu’à présent…

 

Deux experts dans le métro :

— Si tu regardes bien, le théâtre c’est complètement has been technologiquement.

— Ouais.

— Et le cinéma, ça va être pareil. Ca va être le théâtre de notre époque.

— La technologie s’améliorant, ça change la manière de consommer…

— Bientôt, il n’y aura plus besoin de réalisateurs, d’acteurs, tous ça…

— Tu pourras même faire jouer Humphrey Bogart dans Matrix, si tu veux…

 

Autre bribe d’interview dans un grand café parisien :

— Et la couleur ? Est-ce que vous avez une couleur préférée ? Est-ce que vous êtes dans le bleu tout le temps ?

— Non, j’aime bien les jonquilles. J’aime le rouge, le vert aussi… Le noir et blanc a une vérité, une pureté…

— Et sinon, je me demandais si vous aviez un signe astrologique et, si oui, lequel ?

— C’est toujours pour l’interview ?

— Oui, oui…

— Ca fait longtemps que vous faites ce métier… ?

Volé à Télérama

 

FEUILLETON DE L’AMNESIQUE : XIVème parution :

Suite de la XIII° parution :

Bon sang ! ces bagnoles qui puent, cela frôle l’overdose… Je commence à sentir mes gambettes un peu fourbues, c’est l’inaction passée, sûrement. Aussi, snober le métro, est-ce bien raisonnable ? Mais il me faut trouver un endroit pour faire disparaître ce satané sac de voyage. Et puis, je suis en reconnaissance : si, tout à coup, un quartier évoquait quelque chose dans ma mémoire perdue… ? Je ralentis le pas. Voici, là-bas, au-dessus des immeubles, le Génie nappé d’or qui étincelle sur l’azur du ciel. Bientôt la Bastoche ! L’argot me revient… tout n’est pas perdu. Ce qui me revient moins, c’est le côté tout neuf du petit Génie perché en haut de sa longue colonne ; j’avais un autre souvenir.

La place et sa traversée, une aventure où l’on risque ses abatis. On pourrait croire que chaque véhicule à moteur est habité par un forcené ! Enfin, j’atteins le bassin de l’Arsenal qui abrite les yachts des indigents… Pas encore l’endroit idéal pour noyer le sac à pub ! D’autant que, bientôt, le canal disparaît à son tour sous terre, juste avant le point de confluence avec la Seine. Là, subsiste des bribes de travaux dont ce demi-parpaing, sûrement obtenu à coup de masse. Parfait pour lester mon sac à soucis ! Sauf qu’il faut guetter les alentours… manquerait plus qu’attirer l’attention : « Qu’alliez-vous faire ? Montrez-moi donc vos papiers ! ». Un frisson me parcourt l’échine, mais il n’y a personne. Mon sac est soudain devenu bien lourd.

Passée la station « Quai de la Rapée », j’aborde le pont d’Austerlitz. Enfin, la Seine ! Tout de même agrémentée de quelques badauds. Je vais les prendre par surprise ; je hisse mon sac sur le parapet, à droite pas d’yeux sur moi, à gauche itou : je le pousse d’un coup sec et… je reprends ma balade, l’oreille tendue. Plouf ! Pas d’exclamations, une tête se penche au-dessus de la Seine ; c’est tout. L’effacement est en route.

Les brumes de la mémoire

Au bout du pont, devant moi, le Jardin des Plantes. Oui ! le long bâtiment de briques qui le longe me parle. Je suis déjà venu à cet endroit, mais c’est si lointain. Et puis, mon estomac se manifeste avec insistance. Face à la gare d’Austerlitz, je vais bien trouver une gargote. Gagné ! Enfin, gagné… ce doit être une gargote de luxe, au moins de demi luxe quant aux prix.

La commande passée, j’observe à deux tables devant moi un client qui bâfre, tant il est aux prises avec son estomac. A un moment, tout de même, il lève la tête pour jeter un œil sur la rue. Misère, il présente une vieille cicatrice qui lui barre toute la joue ! Instinctivement, je porte la main à mon cou, pourtant toujours couvert par mon foulard. Une suée m’envahit. Image prémonitoire ? Lui a dû prendre un coup de tesson de bouteille ; moi, c’est moins profond. Quand bien même, me voilà ramené à mon état d’assassin suspecté… Si bien que l’entrée servie, je me sens beaucoup moins rabelaisien ! Mais la bête reprend le dessus et, le bâfreur parti, le saumon aux lentilles vertes me redonne un peu de courage.

Me voici de nouveau à la rue. Après une journée somme toute bien remplie, je décide de m’éloigner de la gare en quête d’un petit hôtel modeste. Je n’ai pas dû choisir la bonne rue car je marche depuis un certain temps et… ah ! si : devant moi, à trente mètres, « l’hôtel de la Paix », tout ce qu’il me faut !

-Oui… ? monsieur bonsoir…

Il a l’air bonhomme, le réceptionniste, mais ne va-t-il pas me demander mon nom ? ma carte d’identité ? J’ai beau me raidir, mes jambes flageolent. Pourtant, j’ai bonne allure avec ma veste fantaisie et ma petite mallette !

-Prenez la 6, fait-il en me tendant la clef.

Je remercie d’un signe de tête et grimpe dans la piaule désignée. Ouais, modeste, c’est le mot juste mais je viens y dormir pas organiser une réception.

J’ai fait l’acquisition, dans une petite boutique avoisinant le restaurant, d’une de ces ceintures pour globe-trotteurs, destinées à garder son liquide sur soi. En fait, j’en ai achetées deux, compte tenu de l’épaisseur de ma liasse. Et ça ne suffit pas ! Mais, avec trois ceintures, c’était la silhouette Bibendum assurée et… l’incognito massacré. Reste donc une partie du capital exposée plus encore qu’en Bourse… « Au voleur ! au voleur ! à l’assassin ! au meurtrier ! Justice, juste Ciel ! je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent… ».  D’où me vient cette tirade ? Je me revois, en bonnet de coton, braillant et gesticulant à qui mieux mieux sur une scène de patronage. « L’avare » de Molière ! Quel âge je pouvais avoir ? Ce souvenir me réconforte, je n’ai pas perdu toutes mes racines.

*

Bonne nuit, d’où bon pied, bon œil. Mais toujours cette sourde angoisse concernant ce trou noir dans mon passé. Cet argent. Ce Beretta. Cette balafre. C’est ce qui me pousse à chercher un quartier parisien qui réveillerait des souvenirs. Au bout de la rue Buffon, la mosquée, puis la rue Censier, la rue Monge traversée, la rue Mouffetard qui me ramène au bas de l’avenue des Gobelins. Et, là-haut, la place d’Italie ! Cela m’évoque quelque chose, la place d’Italie. Pourtant je ne la reconnais guère… Me voilà à la naissance de la rue Bobillot. Cette entrée du numéro DEUX, je m’en souviens, j’en ai le cœur qui tape. Avant de pénétrer à l’intérieur, je dois respirer à fond. Je suis peut-être à deux doigts de retrouver mon nom, l’appartement de mes parents. Cependant, l’entrée est verrouillée ! Je suis décontenancé, je cherche un secours douteux autour de moi… or, le passant passe. Et soudain, miraculeusement, l’huis s’ouvre libérant un habitant. Je m’engouffre fébrilement à l’intérieur ; ces moulures du couloir me parlent. Par contre, plus de porte à petits carreaux avec son rideau brodé masquant l’intérieur… et la concierge embusquée. Un panneau plein la remplace. Je déchiffre le tableau des locataires : pas un nom qui me soit connu ! C’était au deuxième, j’en suis sûr. J’y grimpe, je sonne : nulle réponse. Tout a changé… Découragé, je m’assieds à même les marches.

Je retrouve la rue, dépité. Il me reste l’image de mon école élémentaire. C’est par là, je crois…  La voilà ! Oui, c’est bien elle, je la reconnais avec ses briques de couleur sable relevées de motifs décoratifs en briquettes rouges. Un décor que je trouvais lassant à l’époque. Jeunesse… Je pénètre discrètement à l’intérieur par la porte principale. Pas de concierge présente mais, vient d’apparaître, une femme à l’air assurée qui me toise tout en se dirigeant vers moi. Elle a la tête de qui a échappé son œil de verre dans le café du matin. Pas le bon jour ! Excepté si l’on a des raisons de croire que c’est d’origine congénitale, ce qui n’est pas mon cas. Jour ou pas jour, je vais devoir faire avec.

– Bonjour madame, vous êtes madame la Directrice ?

– Vous êtes perspicace !

– Voilà : j’ai été élève dans votre établissement, il y a de cela longtemps…

– Pas loin de vingt ans, si je ne m’abuse.

– Peut-être un peu moins…

– Comment cela : vous n’avez pas idée de l’année précédant votre sixième, ce saut qualitatif ?

Je jette un regard vers ce hall toujours désert mais peu propice aux confidences.

-Madame la Directrice, je peux vous parler en particulier ?

Sans un mot, elle me guide vers son bureau.

– En vérité, madame, je suis amnésique.

– Amnésique, comment cela amnésique ? Quel est votre nom ?

Je balbutie : « Je ne sais pas… »

– Qu’est-ce que vous attendez de moi, au juste ?

– Peut-être, à partir d’une photo de classe, de retrouver mon nom… une date …

– Il est inouï ! Elles sont archivées les photos de classe, par année. Vous arrivez, le nez au vent, quoi ? quinze ans après, au bas mot ! avec pour toute référence : « Voyez ma tête ».

– Et les instits ?

– Les instituteurs ? C’est un métier où l’on vieillit vite, jeune homme. Quand bien même aurait survécu un vieux grognard, vous n’auriez aucune chance de le reconnaître ! Vous abusez de mon temps et de ma patience.

Elle a déjà ouvert la porte de son antre quand elle avise la concierge, de retour.

-Madame Grimaldi, veuillez raccompagner ce monsieur.

Une fois sur le trottoir, j’observe maintenant d’un œil hostile cette façade de briques ; elle comporte vraiment un aspect rébarbatif… Je me sens soudain abattu. Des murs partout ! Celui de la police d’abord qui pourrait m’apprendre mon nom, mais en échange d’un cachot ! Celui de l’immeuble retrouvé aux locataires tous disparus ! Enfin celui de l’école, fermée à toutes recherches ! Ce double échec m’a profondément barbouillé l’estomac… Je comptais tellement sur les possibilités que recélait mon école élémentaire ; essentiellement des photos : d’un instit, d’un copain, de ma frimousse de l’époque… Je n’avais pas prévu cette mégère renfrognée, jalouse de l’espérance des autres. C’est égal, quelle douche !

Voir la suite….

LES JEUNES ET LA LECTURE…

Parue ce jour, une enquête IPSOS pour le Centre National du Livre fait le point auprès de 1500 jeunes de 7 à 19 ans sur leurs pratiques de lecture.

Aux yeux des jeunes, le livre perd de son attractivité. Car concurrence il y a ! En tête, la télévision, vient ensuite la musique (radio incluse), puis Internet et les applications… Ainsi, le livre n’apparaît qu’en septième position (devant les jeux vidéos et devant le sport… bizarrement).

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Le temps consacré chaque semaine par nos jeunes serait réparti de cette manière : 7h30 pour la télévision, 6h15 pour les smartphones, 4h45 devant les ordinateurs… même hebdomadairement…

Quant aux livres numériques, ils pratiquent, mais leur enthousiasme, curieusement, paraît modéré.

Le ciel roule de lourds nuages noirs comme en ce mois de juin (silence, la Côte d’Azur !)

Le Président du Centre National du Livre veut retenir que « les jeunes plébiscitent la littérature pour leurs loisirs ». Il est certes dans son rôle.

Voir Actualitté

LA BERLUE EST UNE MALADIE DES YEUX…

Soit un immeuble (un hôpital) dont la façade est constituée (ou recouverte ?) de panneaux vitrés,

Soit un homme solitaire qui porte volontiers cagoule (?),

Soit une masse qui fait d’ordinaire mauvais ménage avec tout ce qui est vitrerie,

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Soit, à proximité, un ensemble de policiers inertes,

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Soit la rencontre de la masse et des vitres sous l’action soudaine de l’homme solitaire,

Soit des journalistes qui « oublient » de le raconter,

Soit ces casseurs qui, ENSUITE, entrent en action,

Soit ces mêmes « journalistes » qui s’offusquent de la violence destructrice de ces casseurs,

Soit, pour finir, une pétition pour réclamer une commission d’enquête indépendante à ce sujet.

Vous en pensez quoi… ? Qui peut s’en offusquer ?

              Plus de 50 000 signatures sur change.org

 

FEUILLETON DE L’AMNESIQUE : XIIIème parution :

SUITE DE LA XIIème PARUTION…

L’après-midi même et les jours suivants, mes compagnons de misère ont commencé à m’initier à leurs travaux maraîchers. Il faut gagner sa pitance. Pour garder discrètes les allées et venues, le jeu consiste à emprunter le fond de la friche jusqu’au jardin en escaladant les gravats dans les brèches des murs de séparation.

-On a un peu aidé, fait remarquer le petit bossu.

Souvent, quatre jardiniers opérant ensemble se gênent, si bien qu’il n’est pas rare que l’un d’entre nous reste à bricoler au pavillon. Aujourd’hui, c’est au tour de Tobacco. De retour de nos exercices d’horticulture, j’entre le premier dans notre pièce de vie ; juste à temps pour surprendre Tobacco filant dans la chambre où j’ai caché « le coffre ». Il n’a pas le temps de remettre à sa place la boîte de gâteaux ! Et reste là, statufié.

L'errance de l'amnésique

– Mon salaud, tu me volerais ?

– Jamais de la vie ! Je suis tombé dessus par hasard…

– T’as dû chercher ! s’exclame Guère Mieux, au comble de l’indignation.

Menaçant, il s’empare d’une des caisses servant de siège :

– Tu veux que je te démolisse ?

– Stop ! intervient un Rava glacial, je t’assure Guère Mieux que t’es pas hilarant…

J’ai repris la boîte des mains de long nez, paralysé.

– Je vous jure que j’ai pas voulu… la curiosité… j’ai ouvert…

– Tu t’apprêtais à filer, lui lance Rava.

– Vous faites gourance, gémit le coupable, où j’irais… ?

– L’argent… crache Rava, méprisant, le regard lourd.

Je ne sais plus que faire de la boîte. Tous les quatre sommes cloués sur place.

– J’ai rien pris, articule d’une voix blanche Tobacco, tu peux compter Pascal…

– Non ! dis-je violemment.

Rava, livide, se tourne vers moi :

-Ne quitte plus ton sac à dos.

La confiance a été trahie ; pour le moins le doute s’est installé, le poison du soupçon… Dans la soirée, je m’entretiens seul à seul avec Rava :

– Je vais partir…

– C’est Tobacco qui devrait foutre le camp ! Mais sans un rond…

– Avec vous, j’ai pu me requinquer, je te donne tout de suite l’argent des bidons…

– T’es pas obligé, Pascal !

– C’est trop important pour votre quotidien ; ça me plaît bien votre projet de serre. Et puis, j’ai encore des biscuits !

Rava me fixe longuement :

– Je suis ulcéré, vraiment.

– Je tâcherai de revenir, dis-je en hochant la tête.

– Quand tu voudras, gars, mais sans magot.

Sa main se pose sur mon épaule pour la serrer.

 

Chapitre 7

Me voici dans le train à destination de la gare du Nord. Dans la matinée, Rava m’a accompagné jusqu’à la station de la ville nouvelle. J’ai payé avec un des billets de 50 € de la grosse liasse, il est passé sans histoire. Et je me retrouve à nouveau seul… à guetter le tonnerre du décollage des avions. Seul, assassin probable, amnésique réel. Brusquement, ma gorge se serre douloureusement.

Mon esprit revient à ces indigents qui m’ont accueilli… Dommage, j’oubliais un peu en leur compagnie la réalité qui me pèse ; j’aurais volontiers participé à l’aventure de la serre. Et à ses résultats. Foutu Tobacco ! Je n’arrive pas à croire qu’il aurait filé avec mon magot. Pour quelle vie de solitaire ? Non, je pense qu’il s’apprêtait à ponctionner en douce 50 € après 50 €, sans se faire repérer. Quand la cupidité s’installe dans les têtes… Alors même que je leur payais les fûts ! Malgré tout, je leur souhaite bon vent.

Insensiblement, mes pensées dérivent vers ma grand-mère… Je la revois, minuscule bonne femme autoritaire, au visage fin qui fut probablement angélique mais devenu ridé comme ses bonnes pommes du jardin. Pourquoi donc l’image de mes parents émerge lentement, floue, Papa et son chapeau de toile, Maman et son tablier de couleur…  Comme cela me paraît lointain. Mystère. Je me sens soudain totalement vide. Nom ? pas Bonnot ! prénom ? pas Pascal ! profession ? pas connue ! adresse ? à la lune… Je frissonne comme s’il faisait frisquet.

C’est alors que je prends conscience de la quantité de téléphones portables manipulés ! Plus d’un voyageur sur deux. Tous s’excitent sur leur engin, rares sont ceux qui téléphonent. Tous ces types-là ne cherchent pas à construire une serre solaire… Vu la fréquence du toucher d’écran, ils ne lisent pas non plus un bouquin. C’est éberluant. Dans cette nouvelle vie, si ça se trouve, l’ennui n’est plus possible ; la rêverie non plus.

Une casquette me ramène brutalement au quotidien. Elle coiffe ce bonhomme debout au fond du wagon. Un flic ? un militaire ? Il s’en prend aux gens, pas à pas, il effleure du bout des doigts des cartes, quelques tickets, qu’on lui présente. C’est pas un flic ! C’est un… vérificateur.

-Messieurs Dames, contrôle des billets.

Mais oui, un contrôleur, tout simplement. Je lui montre mon titre de transport, il est content. Ouf ! Prochain barrage, la gare du Nord…

Il ne s’est pas passé un long moment avant de voir arriver, en sens inverse du contrôleur, un olibrius bien négligé qui marmonne des « à vot’bon cœur » et des « me tenir propre ». Parole, il était caché sous une banquette ! Il marche sans s’arrêter comme s’il n’y croyait plus. Un collègue de mes gars du Vieux-Pays. Le temps que j’hésite à lui donner un billet, il a disparu.

Voilà que le train ralentit, puis notre wagon est secoué gaillardement… au vu de la quantité de rails qui s’entrecroisent sur ma droite, j’identifie les aiguillages et la raison des secousses ; j’ai déjà vécu ça, souvenir lointain… Nous sommes à l’approche de la gare du Nord. Paris : mon billet de retour avait pour destination la capitale, ce qui ne prouve pas forcément que je sois parisien. Pas de Marseille tout de même, il me manque l’accent.

Maintenant, nous pénétrons sous la grande halle. Mes compagnons de voyage rassemblent leurs bagages. Moi, j’ai toujours mon sac à dos contenant ma mallette et le sac publicitaire de l’hôtel Terminus… agrémenté de mes empreintes digitales ! J’aurais dû m’en débarrasser plus tôt ; mais à moins de le noyer… Voyons d’abord s’il y a un comité d’accueil ! Auquel cas je le glisse sous une banquette, tant pis. Je laisse tout le monde descendre puis je passe une tête à la portière : la voie semble libre. Pas de casquettes de contrôleurs, pas de barrage au bout du quai, pas de personnages impavides à la mode « El Figé ». Je suis soulagé.

Je progresse d’une démarche un peu plus souple, me semble-t-il. Une chose m’intrigue : traversant le groupe de voyageurs assemblés sous le panneau géant des départs, par-dessus les têtes, des casquettes à bandeau rouge filent comme le vent. En tous sens. C’est de la magie de bande dessinée… ? En m’approchant, je dénoue le mystère : ces cheminots sont montés sur une petite plateforme – flanquée de part et d’autre d’une roue – où est fixée une longue potence verticale qui aboutit à un guidon ; avec dextérité, ils accélèrent ou ralentissent à volonté. Spectaculaire et épatant ! Bon, je me reprends, je ne suis pas là en touriste.

Je suis le flot rue Lafayette. L’anonymat ! La liberté ! La capitale ! Personne ne pourra m’y retrouver. Cette pensée brusquement m’assombrit… Voilà le boulevard Magenta : il me semble me rappeler qu’il mène à la République ; mais trop de bagnoles l’envahissent. Sitôt passé la gare de l’Est, je me risque à virer sur ma gauche. Je ne reconnais pas ce quartier mais à chercher des repères, je me sens l’âme vagabonde. Bientôt, c’est un canal qui s‘offre à moi pour noyer mon sac à empreintes… un canal, est-ce assez profond ? Décidément, je ne peux me délivrer de mes récentes aventures et de ma situation angoissante d’amnésique.

Je m’étonne de voir, çà et là, des tentes de campeurs le long du canal. En plein Paris ? Mais l’un des « touristes » qui étend ses chaussettes au soleil, me rappelle mes gars du Vieux-Pays. La misère s’étend donc ? Qu’est-il arrivé à cette nation ? Une guerre ? Cela me plonge dans une grande perplexité. Comment savoir ?

A présent, voilà mon canal qui disparaît sous terre, sans plus de façons.

-La Seine, s’il vous plaît ?

-A droite, la République, puis la Bastille et vous y êtes !

Je lève la main en signe de remerciement et découvre bientôt la République. Elle a bien changée ! Je ne me la rappelais pas comme ça. Ou est-ce que je confonds ?  Je suis un peu perdu devant cette immense patinoire… sans patins à glace. Là-bas est indiquée la direction de la Bastille…

A  SUIVRE…

L’EDITION CONSTITUE UNE KYRIELLE DE MARCHES DE NICHE

Quelle sorte de romans écrivez-vous, me demande-t-on. Des polars ? En vérité, ce terme est trop général, on y inclut tant de genres différents.

Si vous recherchez un roman policier dont l’intérêt réside uniquement dans la résolution d’un mystère (par un amateur dilettante ou bien un policier), lesquels résolvent l’énigme par le raisonnement, vous ne trouverez pas ce genre dans ma production. Cette déduction froide, purement intellectuelle, se développe au détriment de l’émotion; façon  logique, logique, logique, à la Sherlock Holmes ou à la mode Hercule Poirot. Un genre qui fait dire – méchamment – à Raymond Chandler que le roman policier classique est réservé « aux vielles dames des deux sexes ou sans sexe du tout. »

A l’inverse, existe le roman policier sans énigme, illustré par l’extraordinaire « Crime et châtiment », où le lecteur partage les angoisses de Raskolnikov, l’assassin connu dès le début, pourchassé par Porphyre, le rusé policier. On retrouve cet intérêt de la traque dans les « Mémoires de Vidocq ». Là, on peut déceler une filiation avec mon « Mortifère l’actionnaire ! » où l’on tremble avec les jeunes hors-la-loi qui ont franchi le pas, poussés par l’injustice sociale. Le suspense est à son comble.

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A mi-chemin, on peut distinguer les romans dans lesquels l’énigme s’efface devant la traque; je pense à Arsène Lupin, personnage inspiré de l’action de l’anarchiste Marius Jacob qui ne tuait pas  et volait exclusivement les riches.

Cela nous amène à la prise en compte de l’argent sale et de l’omnipotence de la corruption. Alors, viennent à l’esprit Sam Spade et Philip Marlowe, les « privés » américains; dans leur monde, les meurtres sont tous dus à l’argent, au pouvoir qu’il confère, à la quête de ce pouvoir. L’irruption du pouvoir dans l’énigme (qui passe au second plan derrière l’environnement réaliste) fait songer à mon « Micmacs horribilis » et aux déboires de son jeune privé, peu préparé aux vilenies des hommes de l’ombre.

Il reste, dans ma production, une curiosité du point de vue de la conception du roman policier : celle où le tueur (en série, du fait de sa nature même !) se trouve être un virus ! Prisonniers de la forêt primaire africaine, les personnages éprouvent une angoisse apparemment sans issue, guettant, horrifiés, le prochain contaminé ! C’est une longue nouvelle intitulée « Dix jours pour mourir ». Dans ce même volume, l’autre texte étant « Mortelle tricherie », où l’accusé, seul contre tous, doit prouver son innocence. Frayeurs en tous genres…